coronavirus, virus

 

Dans le contexte du coronavirus, pour clarifier ce qu’est un virus je cite le Professeur Denis Allemand, Directeur scientifique du Centre Scientifique de Monaco, et Lia Rosso, chercheuse en biologie cellulaire et moléculaire et journaliste scientifique indépendante.

Professeur Denis Allemand:

“ Sans les virus, des bactéries pathogènes comme Vibrio cholerae, l’agent du choléra, se multiplieraient à l’excès.

Les virus contiennent de l’ADN ou de l’ARN comme nos cellules mais pour se multiplier, ils ont besoin d’une cellule animale, végétale ou bactérienne. Para­sites obligatoires, ils ne peuvent donc se reproduire par eux­ mêmes, ainsi aujourd’hui la majo­rité des biologistes ne les consi­dèrent pas comme vivants. Pour­tant, s’ils sont connus par leurs méfaits, ils peuvent être égale­ment utiles à l’homme qui les uti­lise comme vecteurs pour trans­férer des gènes vers une cible donnée, ou pour détruire des bac­téries. Ils peuvent faire partie de nous­-même : l’homme sain abrite plus de 3 000 milliards de virus et environ 8% de notre génome (l’ensemble de notre matériel gé­nétique) dérive de gènes viraux qui ont été intégrés lors de notre évolution. Certains de ces gènes ont même joué un rôle crucial dans notre évolution : le placenta assure la nutrition du fœtus chez la plupart des mammifères et per­ met donc la naissance à un stade de développement avancé. Or, la formation du placenta résulte de l’action d’une protéine, la Syncy­tine­-1, issue de l’expression d’un gène viral, intégré dans notre gé­nome. Ainsi, cette étape majeure de l’évolution des mammifères ré­sulte de l’action de virus : pas si méchants que cela, finalement.

Le rôle des virus dans l’écosys­tème marin commence à peine à être connu : ils sont les principaux régulateurs du nombre de bacté­ries. En effet, leur mode de repro­duction les oblige à infecter une cellule, une bactérie par exemple dans le cas des bactériophages, afin d’utiliser son système métabolique pour se reproduire : au bout de quelques dizaines de minutes, plusieurs centaines de « jeunes » virus vont se former et faire littéralement éclater la bactérie. Les océanographes estiment ainsi que les vi­rus tuent entre 15 et 40% de toutes les bactéries dans tous les océans de la planète ! Sans eux, des bactéries pathogènes comme Vibrio cholerae, l’agent du choléra, se multiplieraient à l’excès et infecteraient le monde entier. Les bactéries marines, qui représentent 90% de la bio­masse des océans, jouent aussi un rôle clé dans la régu­lation du climat : en tuant par dizaines de milliards ces bactéries, les virus provoquent la libération dans les océans d’un milliard de tonnes de carbone chaque jour, dont l’enfouissement au fond des mers peut accélérer l’ef­ficacité de la pompe biologique. Lorsque les virus pé­nètrent dans une cellule pour se reproduire, ils peuvent transférer des gènes d’un individu à l’autre. C’est par ce mode de transmission que la cyanobactérie Synechoccus a acquis certains de ses gènes responsables de la photo­ synthèse… ainsi 10% de la production d’oxygène sur terre est assurée par des gènes viraux ! ”

Lia Rosso:

“ Très nombreux, les virus sont partout même en nous, et bien sûr, lorsque nous sommes aussi en très bonne santé. Pour avoir un ordre d’idée, on peut considérer que nous en inhalons chaque seconde environ 3000. Une cuillère à café de salive humaine contient quelque chose comme cent millions de virus. Bref, entre toutes les bactéries et les virus qui vont et qui viennent et qui s’installent au chaud parmi nos cellules, nous ne sommes pas seuls!

Les virus sont considérés à la limite des êtres vivants, car ils ne sont pas des véritables cellules. Pour simplifier, on peut dire que les virus sont des enveloppes constituées de protéines associées pour certains virus à des lipides (des graisses) qui contiennent un peu de matériel génétique (ADN ou ARN). Il leur manque une des caractéristiques essentielles à la vie : la capacité de se reproduire. Pour se reproduire, ils ont besoin de l’aide d’une cellule animale, végétale ou bactérienne qu’ils doivent infecter.

Au moment où le virus injecte son matériel génétique dans une cellule, il y a au moins deux possibilités, soit la cellule hôte se met à construire de nouveaux virus et meurt, soit elle continue sa vie en intégrant dans son matériel génétique celui du virus. Les virus sont ainsi des « bricoleurs » génétiques naturels. Leur constitution si « simple » leur permet de faire des échanges génétiques, car, en insérant leur matériel génétique ici et là dans le génome des êtres vivants, ils peuvent parfois interagir avec certains gènes des cellules hôtes et modifier leur emplacement. De cette façon, les virus contribuent à l’évolution de tous les êtres vivants qu’ils sont capables d’infecter.

La plupart des virus que nous respirons ne font que transiter dans nos corps, ils sont, en effet, des virus spécifiques des plantes. Par contre, les virus qui « décident » de s’installer dans nos corps sont des virus des bactéries de notre microbiote. D’autres encore, mais moins nombreux, sont les virus des cellules animales et humaines.

Les virus qui s’attaquent aux bactéries sont appelés bactériophages, c’est-à-dire des mangeurs de bactéries. Un des rôles de ces derniers serait de réguler l’écosystème bactérien dans nos corps. Parfois, les virus tuent les bactéries et parfois ils peuvent les aider à acquérir de nouveaux gènes et donc de nouvelles fonctions. Des relations d’entraide ont aussi été décrites.

Les bactériophages représentent donc une alternative aux antibiotiques, surtout dans les cas de bactéries résistantes. Des études sur le sujet sont en cours et sont très prometteuses. Dans certains pays comme la Géorgie, il y a des cliniques de phagothérapie, mais pour l’instant cette technique tarde à se mettre en place en Europe. Les bactériophages seraient aussi responsables de la réussite des transplantations fécales.

7% de notre ADN n’est pas humain, mais viral.

Réflexions

Nous commençons seulement depuis quelques années à comprendre la richesse et la complexité des interactions parmi les différents êtres qui nous habitent : bactéries, virus, champignons, vers, archées, et bien sûr quelques cellules humaines…

Notre nature est à la croisée entre les relations qui se passent en nous, celles qui se passent autour de nous et celles que nous entretenons avec le monde. L’être humain est une partie du tout, ni plus ni moins, traversé et habité à tout moment par des êtres invisibles qui peuvent garder ou modifier son identité et sa santé.

Nous ne sommes pas attaqués par parasites, virus, bactéries. Non : nous sommes aussi toutes ces minuscules créatures, alors autant apprendre à vivre avec.

La vie ne peut plus être considérée comme une compétition, mais plutôt comme une spécialisation à la coopération et à la symbiose. Nous sommes multiples et la bonne union fait la force.

La médecine est en train de changer. L’idée de guerre (aux virus, aux bactéries, aux cancers, etc.) laisse la place au désir de rétablir les conditions nécessaires à la symbiose et à l’équilibre entre les différentes formes de vie. En principe, chaque corps peut guérir, il suffirait de l’aider à se rééquilibrer. ”

Conclusion

Nous inhalons chaque seconde environ 3000 virus. L’homme sain abrite plus de 3 000 milliards de virus. A titre de comparaison, le nombre de cellules d’un corps humain adulte se situe entre 10 000 et 100 000 milliards.

Les virus contribuent à l’évolution des êtres humais. Environ 8% de notre génome dérive de gènes viraux qui ont été intégrés lors de notre évolution.

Les virus régulent l’écosystème bactérien. Sans les virus, des bactéries pathogènes comme Vibrio cholerae, l’agent du choléra, se multiplieraient à l’excès.

Nous ne sommes pas attaqués par les virus, nous sommes aussi ces minuscules créatures.

J’aimerais que les réflexions de Lia Rosso soient d’actualité: “La médecine est en train de changer. L’idée de guerre (aux virus, aux bactéries, aux cancers, etc.) laisse la place au désir de rétablir les conditions nécessaires à la symbiose et à l’équilibre entre les différentes formes de vie.” Le terrain est tout!

Sources:

https://www.centrescientifique.mc/uploads/documents/fr_CSM509.pdf

http://rossoeditions.com/uploads/3/4/8/7/34871602/juin15_2019.pdf

Laura Pionnier

Merci de me contacter pour tout renseignement.

 

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